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Galerie Photo « Silivaş »

Par Eric Roset

Silivaş est un petit village situé dans la campagne de Transylvanie. C’est un village « comme un autre » de Roumanie. La partie rom, très pauvre, est séparée de celle des Roumains. Accéder à l’école y est plus qu’ardu. De fait, la majorité ne sait ni lire ni écrire. Le cimetière ne se partage pas. Les Roumains sont enterrés sur le terrain de l’Eglise, les Roms sur un terrain de remblais. La discrimination sociale se poursuit jusqu’après la mort. Eric Roset a réalisé 4 séjours à Silivaş entre 2011 et 2015. Ses photographies nous engagent dans le quotidien de ce village. Bien sûr, on ne comprend pas l’entier de ce qui est en train de se dérouler. On partage ce quotidien le temps d’un instantané. La pauvreté matérielle frappe comme un contraste avec l’expressivité des visages et une intensité de vivre qui ressemble à une joie d’être au monde.

Deuil d’un enfant, réception d’un document administratif – amendes pour mendicité venant de Genève-, lessive dans des bidons, martelage d’un fer à cheval, allaitement, plaisir d’une cigarette. Ce sont des actes simples, bruts, qui font éclater l’extrême précarité des conditions de vie. Les maisons sont rudimentaires et brinquebalantes. Les vêtements sont sales. Si la plupart des familles de Silivaş partent tenter leur chance dans des villes européennes, et notamment à Genève, ce n’est pas par appât du gain, par amour inné du nomadisme ou parce que l’herbe y serait plus verte, mais bien poussés par une pauvreté crasse. Parce que les murs en torchis ne tiennent plus debout. Silivaş, au milieu de la plaine déserte, n’est pas un paradis perdu et romantique, mais un village sans eau courante ni canalisations où l’inégalité économique et les risques sanitaires sont majeurs. Partir de cet endroit est une nécessité vitale.

Le travail d’Eric Roset nous invite sans un bruit à Silivaş, village européen. Les maisons y sont ouvertes. Elles n’ont pas toutes de portes  

Sylvain Thévoz, membre de l’association Mesemrom